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Devenir Shiva et rencontrer Shakti

4 sept.
5 min de lecture

Aujourd’hui, beaucoup d’hommes ont appris à être attentifs, respectueux, à ne pas envahir, à écouter le consentement et à accueillir le désir de la femme. Tout cela est précieux.

 

Mais parfois, quelque chose se perd en chemin.

 

L’homme peut confondre présence et passivité, respect et effacement, douceur et absence d’initiative. Il peut avoir tellement peur d’être intrusif, de mal faire ou d’être rejeté par Shakti qu’il finit par ne plus oser exprimer pleinement son désir.

 

Or Shiva n’est pas l’homme qui n’ose plus.

 

Shiva n’est pas l’homme qui attend

Un homme peut être calme, attentif et respectueux tout en étant intérieurement paralysé par la peur du rejet.

Il peut appeler « présence » ce qui est en réalité une retenue défensive :

 

  • ne pas exprimer clairement son désir ;

  • attendre que la femme fasse le premier pas ;

  • éviter de prendre une initiative par peur d'être intrusif ;

  • cacher son attirance derrière une neutralité permanente ;

  • avoir besoin de signes de sécurité avant d’oser se dévoiler ;

  • confondre respect du consentement et absence d’affirmation.

Ce n’est pas nécessairement de la présence.

La véritable présence peut aussi être la capacité à être pleinement là avec son désir.

 

La présence de Shiva pourrait alors se formuler ainsi :

 

« Je sais ce que je désire. Je n’ai pas honte de le ressentir. J’ai suffisamment d’ancrage pour te le proposer sans exiger que tu me le donnes. »

Et cela change tout.

Le courage de désirer sans posséder


Un homme peut dire :

« Je te désire. »

sans dire :

« Tu dois répondre à mon désir. »


Il peut prendre une initiative, exprimer son attirance, créer une tension érotique, avancer vers l’autre — tout en restant profondément attentif à sa réponse et à son consentement.

Le véritable courage n’est donc pas de ne jamais être rejeté.

 

C’est de pouvoir être vrai avec l’autre et de pouvoir survivre à sa réponse.

 

C’est une forme de liberté.

 

Je peux te désirer sans te posséder.

 

Je peux m’approcher sans t’envahir.

 

Je peux prendre l’initiative sans te retirer ta liberté.

 

Je peux entendre ton « non » sans transformer ton refus en blessure narcissique, en colère ou en retrait punitif.

 

Voilà une forme de puissance beaucoup plus profonde que la domination.

 

La peur de Shakti

Dans cette lecture symbolique, Shakti représente ce qui est vivant, sensuel, mouvant, imprévisible, créateur.

L’homme peut être profondément attiré par cette énergie et, en même temps, la craindre.

 

Il voudrait la rencontrer, mais il cherche d’abord la garantie qu’il sera accepté.

 

Alors il attend.

 

Il observe.

 

Il cherche des signes.

 

Il veut être certain avant d’oser.

 

Mais quelque chose se renverse alors :

 

il demande à Shakti de le rassurer avant d’oser être pleinement Shiva.

 

Or peut-être que Shiva commence précisément là où l’on accepte de ne pas avoir de garantie.

 

Shiva ne contrôle pas Shakti.

 

Shiva ne fuit pas Shakti.

 

Shiva ne supplie pas Shakti.

 

Shiva rencontre Shakti.

 

Et il accepte que cette rencontre puisse produire du désir, de l’intensité, de la joie, mais aussi parfois du refus.

 

Dans la sexualité : être dans son désir sans être esclave de son désir

Dans la relation sexuelle, « devenir Shiva » pourrait alors signifier :

être profondément dans son désir sans être esclave de son désir.

 

Ressentir une pulsion sexuelle forte sans avoir besoin de la décharger immédiatement.

 

Mais aussi ne pas avoir besoin de la cacher, de la spiritualiser ou de la nier.

 

Oser la manifester.

 

Oser dire :

 

« Je te désire. »

Oser regarder.

Oser proposer.

 

Oser s’approcher.

 

Et simultanément rester capable d’écouter.

 

Car il y a une immense différence entre :

 

« Je vais rester tellement présent que je ne ferai absolument rien tant que tu ne m’auras pas donné un signe évident. »

et :

« Je te désire. Je vais te le montrer et prendre une initiative, tout en restant profondément attentif à ta réponse. »

Dans le deuxième cas, il y a désir, direction, vulnérabilité et écoute.

Il y a une présence vivante.

 

Le refus ne diminue pas Shiva

C’est peut-être ici que cette métaphore devient la plus intéressante.

Si l’homme a besoin que Shakti dise oui pour se sentir masculin, alors son centre se trouve chez elle.

 

Son désir dépend de sa validation.

 

Il lui demande, consciemment ou non :

 

« Dis-moi que j’ai le droit de te désirer. »

 

Mais une masculinité intérieurement solide peut dire autre chose :

 

« Je peux désirer pleinement.

Je peux te le montrer pleinement.

Je peux te proposer pleinement.

Et je peux accueillir ton non sans m’effondrer. »


Cela demande une véritable solidité intérieure.

Le refus ne signifie pas nécessairement : « Je ne suis pas désirable. »

 

Il peut simplement signifier :

 

« Ce n’est pas mon oui aujourd’hui. »

 

Et cette distinction est fondamentale.

 

Car lorsque l’homme n’a plus besoin de posséder le « oui » de la femme pour rester dans son axe, il devient paradoxalement plus libre dans son désir.

 

Shiva ne demande pas à Shakti de porter son masculin

Il existe peut-être aujourd’hui une forme subtile de démission masculine.

  • L’homme ne veut plus imposer — ce qui est une belle évolution — mais il ne sait parfois plus comment proposer.

 

  • Il ne veut plus conquérir — et c’est heureux — mais il ne sait plus comment avancer vers l’autre.

 

  • Il ne veut plus dominer — et c’est nécessaire — mais il confond parfois cela avec le fait de ne plus prendre aucune direction.

 

Pourtant, prendre une direction n’est pas dominer.

 

Exprimer son désir n’est pas contraindre.

 

Prendre une initiative n’est pas retirer à l’autre sa liberté.

 

La question n’est pas : « Est-ce que j’ose prendre ? »

 

Mais plutôt :

 

« Est-ce que j’ose proposer ce qui est profondément vivant en moi, tout en laissant l’autre totalement libre de sa réponse ? »

 

C’est là que le désir peut devenir rencontre.

 

Une force qui ne contraint pas

Devenir Shiva ne serait donc ni devenir dominant, ni devenir distant, ni devenir passif.

Ce serait peut-être devenir une présence suffisamment ancrée pour que le désir puisse circuler sans devenir possession.

 

Un homme qui habite pleinement son corps.

 

Qui connaît son désir.

 

Qui ose le montrer.

 

Qui ose prendre des initiatives.

 

Qui peut être vulnérable sans devenir dépendant.

 

Qui peut entendre un « non » sans perdre sa dignité.

 

Qui peut accueillir un « oui » sans chercher immédiatement à posséder davantage.

 

Qui peut rester profondément présent lorsque Shakti se révèle dans toute sa puissance.

 

Shiva n’est pas celui qui ne bouge pas.

 

Il est celui qui peut rester profondément ancré au cœur même du mouvement.

 

Et peut-être est-ce cela, finalement, la véritable présence masculine dans l’intimité :

 

une force consciente qui ose se manifester sans jamais chercher à contraindre.

 

Une force qui dit :

 

« Je te désire.

Je viens vers toi.

Je suis là.

Et tu es libre. »

C’est peut-être là que commence la véritable rencontre entre Shiva et Shakti.

 

Quelques recommandations de livre et podcast sur LE DESIR :

Frédéric Lenoir, Le désir une philosophie

Interview : désir, sagesse et yoga

La notion de désir dans le taoïsme

Retrouver un monde désiré, désirable et vivant


Bonne lecture & écoute !

Sahridaya - Tantra Douceur Cachemire

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