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Shakti a besoin de l'ancrage de Shiva

6 sept.
5 min de lecture

Il y a peut-être une question que nous n'osons pas assez poser à notre époque :

Que devient le désir d'une femme lorsqu'elle a dû apprendre à tout porter ?

  • Porter sa vie.

  • Porter ses responsabilités.

  • Porter ses enfants parfois.

  • Porter sa carrière.

  • Porter ses émotions.

  • Porter ses blessures.

  • Porter ses décisions.

Et parfois même ... porter l'homme à côté d'elle.


Alors elle devient forte. Très forte.

Elle sait décider, entreprendre, gagner sa vie. Elle sait avancer, prendre la parole, poser des limites. Elle sait se débrouiller. Elle sait ne dépendre de personne.

Et cette évolution est précieuse.


Elle a permis à des générations de femmes de sortir de places qui leur étaient imposées et de découvrir une liberté qui n'allait pas de soi.

Mais une question demeure :


À force de devoir être fortes, autonomes, compétitives et capables de tout gérer, les femmes ont-elles parfois été obligées de se couper d'une partie d'elles-mêmes ?


Le désir ne naît pas dans le contrôle

Le désir est étrange. On ne peut pas vraiment lui ordonner de venir. On peut organiser sa vie. On peut planifier. On peut être efficace. On peut décider de faire l'amour. Mais on ne peut pas simplement décréter :

"Maintenant, je dois avoir envie."

Le désir a besoin d'espace.

Il a besoin de respiration.

De disponibilité.

De sensation.

De mystère.

De sécurité aussi.

Et peut-être que certaines femmes contemporaines ont appris à vivre tellement dans le "je gère" qu'elles ont perdu, momentanément, l'accès à une autre partie d'elles-mêmes :

"Je ressens."


Quand une femme devient son propre Shiva

Lorsqu'une femme doit constamment prendre les décisions, initier, organiser, prévoir et tenir le cadre, elle peut développer une forme de Shiva intérieur extrêmement puissant.

Elle devient son propre ancrage.

Son propre protecteur.

Son propre décideur.

Son propre moteur.

C'est une formidable capacité d'autonomie.

Mais dans l'intimité, cela peut parfois créer une question :

À quel moment puis-je cesser de diriger pour simplement me laisser traverser par ce que je ressens ?

Car le désir aime rarement être commandé. Il aime être rencontré.


Et si le féminin avait besoin d'un espace où il n'y a rien à prouver ?

C'est là que la symbolique de Shiva et Shakti devient intéressante.

Non pas comme un modèle social où l'homme commanderait et la femme obéirait.

Mais comme une polarité énergétique.

Shakti est le mouvement.

Shiva est la présence.

Shakti est l'énergie qui danse.

Shiva l'espace qui l'accueille.

Shakti peut être feu, émotion, sensualité, créativité, désir.

Shiva peut être stabilité, conscience, direction, enracinement.

Et lorsque ces deux forces se rencontrent véritablement, quelque chose peut se produire :

le désir n'a plus besoin d'être fabriqué. Il peut apparaître.


Shiva ne prend pas le pouvoir de Shakti

Une homme ancré ne dit pas :

"Je vais décider pour toi."

Il dit plutôt :

"Je sais ce que je veux, et je suis capable de te le proposer sans t'imposer quoi que ce soit."

C'est une différence immense.

Il ose regarder une femme et lui dire :

"Je te désire."

Sans transformer ce désir en dette.

Sans attendre qu'elle lui appartienne.

Sans considérer son "non" comme une humiliation.

Sans chercher à la convaincre.

Il assume son désir.

Et il laisse à Shakti son entière liberté.

Et quand Shakti se sent totalement libre, son désir devient vivant.

Car le désir a besoin de deux personnes libres.

Pas d'un conquérent et d'une conquête.


Le désir masculin a aussi été abîmé

Notre époque a parfois envoyé aux hommes des messages contradictoires.

On leur a appris que l'ancien modèle masculin pouvait être dangereux : domination, insistance, possession, autorité imposée.

Et c'est très juste de remettre ces comportements en question.

Mais certains hommes ont aussi fini par avoir peur de leur propre désir.

Peur d'oser

Peur d'initier.

Peur d'être rejetés.

Peur d'être perçus comme trop insistants simplement parce qu'ils expriment simplement leur attirance.

Or un homme n'a pas besoin de renoncer à son désir pour respecter une femme.

Il peut apprendre quelque chose de beaucoup plus subtil :

désirer profondément sans posséder.

Dire :

"J'ai envie de toi."

Et pouvoir entendre :

"Je n'en ai pas envie."

Sans se fermer.

Sans se vexer.

Sans punir.

Sans retirer son amour.

C'est peut-être cela, un Shiva mature.

Un homme dont le désir est suffisamment ancré pour ne pas avoir besoin d'être satisfait immédiatement pour se sentir vivant.


Et lorsque Shiva est vraiment là ...

Quelque chose peut se détendre chez Shakti

Parce qu'elle n'a plus besoin de tout contrôler.

Elle peut laisser l'autre proposer.

Elle peut ne pas savoir.

Elle peut recevoir.

Elle peut se laisser surprendre.

Elle peut dire oui.

Elle peut dire non.

Elle peut changer d'avis.

Elle peut exprimer ce qu'elle désire.

Elle peut même découvrir qu'elle désire davantage lorsqu'elle ne porte plus toute la structure de la rencontre.


Et si le véritable luxe aujourd'hui, était de pouvoir déposer son armure ?

Peu-être que c'est cela que beaucoup de femmes cherchent sans toujours pouvoir le nommer.

Pas quelqu'un qui les sauve.

Pas quelqu'un qui décide à leur place.

Pas quelqu'un qui leur dise comment être une femme.

Mais quelqu'un auprès de qui elles peuvent enfin ne plus être en représentation.

Ne plus être la femme qui gère tout.

Ne plus être la femme forte.

Ne plus être la femme parfaite.

Ne plus être celle qui sait.

Pouvoir simplement respirer.

Sentir son corps.

Sentir son désir d'abandon.

Et éventuellement murmurer :

"Là, j'ai envie de toi."


La rencontre de Shiva et Shakti

La véritable polarité ne consiste donc pas à enfermer les hommes et les femmes dans des rôles.

Elle consiste à créer suffisamment de sécurité et de liberté pour que chacun puisse retrouver différentes dimensions de lui-même.

Une femme peut être Shiva.

Un homme peut être Shakti.

Et dans l'intimité, les polarités peuvent circuler.

Mais parfois, une femme a besoin de déposer son Shiva.

Et elle a envie de rencontrer celui d'un homme.

Un homme qui assume son désir.

Qui ose avancer.

Qui sait ce qu'il veut.

Qui n'a pas besoin de forcer.

Qui sait attendre.

Qui sait entendre.

Qui sait rester.


Un homme qui ne cherche pas à conquérir Shakti, mais à lui offrir un espace dans lequel elle peut librement apparaître et être elle-même.


Et peut-être que c'est là que le désir devient vraiment puissant.

Parce qu'il n'est plus une demande.

Il n'est plus une obligation.

Il n'est plus une performance.

Il n'est plus une preuve d'amour.

Il devient une invitation douce et tendre.

"Je te désire."

"Je te propose de me rejoindre."

Et tu es libre de venir. Ou de ne pas venir.

C'est cette liberté qui rend le "oui" véritablement vivant.


Shakti n'a pas besoin d'être moins forte

Elle a peut-être simplement besoin de ne pas avoir à être forte tout le temps.

Et Shiva n'a pas besoin d'être plus directif.

Il a besoin d'être plus ancré.

Parce que lorsque Shiva est suffisamment stable, Shakti peut bouger.

Lorsque Shiva ose désirer sans s'imposer, Shakti peut s'ouvrir sans se défendre.

Lorsque Shiva accueille le "non", le "oui" devient plus libre.

Lorsque l'homme cesse de chercher à prendre le pouvoir, la femme peut parfois avoir envie de le lui donner, non pas parce qu'elle le doit, mais parce qu'elle en a envie.

Et peut-être est-ce là l'une des grandes questions de notre époque :


Après avoir appris à ne plus dépendre l'un de l'autre, pouvons-nous réapprendre à nous désirer librement ?


Sahridaya - Tantra Douceur Cachemire



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